Ce texte a été publié en Janvier 2001
dans le Collector Musique du magazine Technikart


Le mélangeur


Bertrand Burgalat, éternel cuistot de l'électro, déride la French Touch avec un premier album relevé mais sans prétention. Entretien avec l'homme qui a su faire chanter Houellebecq et Lemercier.


Vos 5 meilleurs artistes français ?
1 - Ravel, "Daphnis et Chloé".
2 - Johnny Hallyday, toute l'époque Tommy Brown-Mick Jones.
3 - Jean Wiener, la B.O. de "la Faute de l'abbé Mouret".
4 - Léo Ferré, "la Solitude".
5 - Artefact, "Massacre à l'électrode".
Et une mention spéciale pour Mathématiques Modernes, Elie & Jacno, Taxi Girl.

L'artiste français surestimé, celui sous-estimé ?
Gérard Manset et ses disciples pour les surestimés. C'est du rock pépère à la Creedance Clearwater passé en 16 tours. Cela dit, ce n'est pas le plus antipathique". Sous-estimés: Pierre Vassiliu, Caussimon, les paroles de Jean Nohain et Claude Nougaro période "Armé d'amour".

Meilleure prestation live jamais vue ?
Michel Houellebecq à Berlin devant mille cinq cents personnes. C'était plutôt fort parce qu'il n'est pas venu et que le groupe a joué sans lui.

Hobby incongru ?
Difficile de répondre vu que je n'ai pas de hobby.

Où aimeriez-vous entendre votre musique passer en boucle ?
Gare Saint-Lazare.

Votre déclic musical ?
Un professeur de musique au collège qui passait "Meddle" de Pink Floyd en sixième.

Le sportif auquel vous vous identifiez ?
Je dirais que je me situe entre Roland Courbis et Claude Bez, qui, tous deux, sont des grandes gueules qui ont du mal à marquer.

A quel film pourrait coller votre morceau sur la compilation "French Tour" ?
Franchement, j'accepterais assez facilement qu'il soit synchronisé car ma situation ne me permet pas de faire le difficile. Mais l'idéal serait un péplum radioactif du style "Maciste et les Algues tueuses".

Par quel disque français avez-vous été marquée mais dont vous avez honte aujourd'hui ?
S'il m'arrive d'apprécier des choses que je n'aimais pas, l'inverse est plus rare. J'ai quand même adoré Magma vers 14 ans ou Marc Seberg un peu plus tard. Je ne les écoute guère maintenant mais, quand j'ai trop bu, je repasse tous les disques que j'ai cessé d'aimer en essayant de retrouver ce qui a pu m'attirer à l'époque.

Quel people aimeriez-vous utiliser dans votre clip ?
Helène Devynck. Elle est journaliste sur LCI.

C'est quoi votre EPO ?
Ma drogue c'est l'Insuline Novo Actrapid.

Votre principal souvenir du Tour de France ?
Une photo dédicacée par Luis Ocaña.

La French touch a-t-elle vraiment été une révolution ?
Ce genre de généralité est un peu réducteur mais je crois que c'est le déclin créatif de l'Angleterre, anesthésiée par la britpop, le fric et les restaus branchés, qui a constitué une révolution. Cela a ouvert une brèche, non seulement pour les Français, mais aussi pour la pop scandinave ou japonaise. Cela dit, j'ai l'impression que le cahier des charges, pour la musique française à l'étranger, n'a guère varié . Et il est difficile de sortir de l'exotisme (Les Négresses Vertes ou Vanessa Paradis il y a dix ans), de la musique d'ambiance (Clayderman, Jarre, Space) ou de club (Morali, Cerrone).

L'après-French touch, c'est quoi ?
C'est un genre de musique qui existe depuis plus de trente ans. Il y a donc, comme dans tout autre style de musique, un risque de maniérisme. Il va falloir se calmer sur le vocoder et le beat disco. Il y a de bons labels et j'ai du respect pour des artistes comme Bosco, Tommy Hools, BNX & Walter, Telepopmuzik, Gopher, Crecy, Reminiscent Drive, Oizo, Rinicérôse… Le destin commercial de cette scène dépendra en grande partie des nouveaux albums de Air et de Daft Punk car ce sont les seuls qui ont cartonné, avec une intelligence qui force l'admiration. Concernant ces derniers, j'espère que l'album ne sera pas trop différent du single: j'aime beaucoup le riff de "One More Time". Il me rappelle l'indicatif des "Grosses Têtes".